En 1936, le  syndicat CGT des chauffeurs de taxi des Bouches-du-Rhône initie la création d’une nouvelle mutuelle, la « Caisse centrale de prévoyance des travailleurs des deux sexes de Marseille et des Bouches-du-Rhône ».

La Mutualité française d’alors accueille fraîchement cette initiative marseillaise de Lucien Molino, secrétaire du syndicat CGT, qui jette un pavé militant dans une mare de notables en ayant l’ambition non seulement de fournir une garantie complémentaire à la timide loi sur les assurances sociales de 1930 mais aussi de permettre aux non-assurés et exclus de la loi de bénéficier d’une protection sociale.

Calisti en 1980

La mutualité ouvrière, militante de la Sécurité sociale

A l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, la protection sociale est réorganisée avec la création de la Sécurité sociale (ordonnance du gouvernement provisoire du 4 octobre 1945) qui se substitue aux anciennes assurances sociales et affilie l’ensemble salariés.

Sa gestion est initialement confiée aux partenaires sociaux qui participent aux élections des administrateurs des caisses de Sécurité sociale.

La Mutualité française, signataire de la Charte du travail du gouvernement de Vichy, voit dans la création de la Sécurité sociale une sanction de son attitude pendant la guerre. A rebours, deux courants mutualistes se distinguent en militant farouchement en faveur de la nouvelle sécurité sociale : les mutuelles de fonctionnaires et la mutualité ouvrière, dissoute par le pouvoir pétainiste et reconstituée après-guerre.

L’ordonnance du 19 octobre 1945 offre un cadre à l’action mutualiste et permet à la mutualité de développer de nouvelles missions qui sont aujourd’hui encore le cœur de son activité, comme le remboursement du ticket modérateur ou le développement de la médecine préventive.

La création des comités d’entreprise par l’ordonnance du 22 février 1945 donne une nouvelle fenêtre d’opportunité pour protéger les salariés et leur apporter des services. De nombreux militants mutualistes et syndicalistes s’en saisiront et constitueront des mutuelles d’entreprise. Les années 1950 et 1960 verront un fort développement de cette « mutualité ouvrière ».

Elles se trouvent dans une situation paradoxale où elles sont partie intégrante du mouvement mutualiste, reconnues par le code de la Mutualité de 1946 mais exclues des instances de la FNMF.

1960 : création de la Fédération nationale des mutuelles ouvrières (FNMO)

Le 25 juin 1960, la mutualité ouvrière se fédère afin de peser collectivement dans le mouvement mutualiste. La FNMO est créée à l’appel de 4 unions : l’Union départementale mutualiste de la CGT des Bouches du Rhône, la Mutuelle familiale du Var, la Mutuelle familiale des travailleurs des Alpes-Maritimes, l’Union mutualiste des travailleurs de la région parisienne.

1968 : de la FNMO à la FNMT

La FNMO devient en 1968 la Fédération Nationale des Mutuelles de Travailleurs (FNMT) et entame un lent processus de rapprochement avec la Fédération Nationale de la Mutualité Française. Les deux fédérations portent un objectif commun de défense de la protection sociale solidaire et feront front commun face aux attaques répétées que cette dernière subira à partir des années 1970.

En parallèle, la FNMT poursuit le développement des œuvres sociales qui étaient déjà nombreuses au sein des mutuelles ouvrières de PACA et des Bouches-du-Rhône affiliées à la FNMO. La dynamique développée par les mutuelles ouvrières a eu un écho profond au sein du mouvement mutualiste.

Au milieu des années 80, les deux fédérations sont proches d’un rapprochement plus net. Mais la direction de la FNMF décide d’interdire la « double appartenance » qui, jusque-là permettait aux groupements adhérents à la FNMT d’être aussi adhérents à la FNMF. La tension se cristalise autour d’un désaccord de fond : la FNMT opposée à la marchandisation de la santé milite pour l’exclusivité mutualiste de la gestion de la complémentaire santé quand la FNMF prône l’organisation de la concurrence entre des acteurs de nature différentes (mutuelles, assurances privées).

1986 : la naissance de la FMF

Les unions départementales exclues de la FNMF  lancent un « appel aux mutuelles de France » et créent, le 31 janvier 1986 la Fédération des mutuelles de France.

Dès l’allocution d’ouverture du congrès constitutif, le président Louis Calisti lance un nouvel appel à l’unité mutualiste « dans les conditions nouvelles créées par l’existence de deux fédérations ». Il faudra attendre les années 2000 pour que le rapprochement s’opère réellement. Le 10 janvier 2002 est signé un accord sur l’unification du mouvement mutualiste entre les deux fédérations représentées par leurs présidents, Jean-Pierre Davant (FNMF) et Daniel Le Scornet (FMF).

Sous la présidence de Jean-Paul Panzani, le processus d’unification est mené à bien, renforçant ainsi le mouvement mutualiste. La FMF trouve sa place au sein de la FNMF et y porte sa vision exigeante et singulière de la mutualité.

Jean-Paul Benoit est élu Président de la Fédération en 2012. Les Mutuelles de France continuent de se battre en faveur du droit à la santé. Celui-ci implique une Sécurité sociale de haut niveau universelle et financée à hauteur des besoins de la population et un mouvement mutualiste dynamique qui la complète. Ce sont les deux piliers, sans cesse remis en cause, qui permettent de faire vivre les solidarités nécessaires à une société apaisée : la solidarité entre malades et bien portants et la solidarité entre les générations.

La solidarité demeure au cœur du projet des Mutuelles de France aujourd’hui. Cela se traduit dans le travail quotidien de ses groupements adhérents, dans ses prises de position publiques et dans son cahier de proposition pour mettre la population en sécurité sociale rédigé par les militants mutualistes à la sortie de la crise pandémique du Covid-19.

La santé est au cœur de la condition humaine : il ne peut y avoir de barrière financière pour y accéder. Dans un environnement réglementaire qui prétend le contraire, le droit effectif et inaliénable à la santé reste le fil rouge des militants de la FMF pour garantir à chacun de vivre dignement tout au long de sa vie.